justice.gif Comme il semble loin le temps où la justice, retirée des yeux du monde pouvait prendre des décisions sans avoir peur d’être elle-même jugée. Comme il paraît révolu le temps où le justiciable n’osait demander de compte ni au Parquet et moins encore aux juges d’instruction. C’est ce qu’ont dû se dire, mardi 24 mars, Michel Bréard et Thierry Perriquet entendus l’un puis l’autre lors du procès AZF à Toulouse. 

C’est Michel Bréard qui le premier doit répondre de ses faits et gestes lors de la première partie de l’enquête. Ce procureur, officiant désomais à Bordeaux, a marqué l’histoire de la justice toulousaine à plus d’un titre et n’est pas vraiment de ceux à qui on demande des comptes. Il a accepté de venir s’expliquer mais tout en faisant bien comprendre qu’étant donné son emploi du temps surchargé cette audition aurait lieu quand il l’entendrait. En tous les cas, pas au jour prévu initialement par le tribunal correctionnel.

A la barre, il explique calmement son travail, ses relations avec les différents services concernés, les difficultés qu’il aura avec la commission d’enquête interne de Grande Paroisse, qu’il accuse d’avoir largement compliqué son travail. Il est un point cependant sur lequel il ne s’explique pas : ses déclarations du 24 septembre, lorsqu’il affirme devant la presse que l’explosion de ce hangar est à 90% accidentelle.

Le Président Thomas Le Monnyer va donc se charger de demander des explications et on apprend ainsi que c’est une journaliste qui a provoqué ce mini-séisme, en se montrant trop insistante sur la piste de l’acte volontaire. La presse a donc bon dos … Thomas Le Monnyer énonce alors tout haut ce que beaucoup de Toulousains pensent tout bas depuis des années, le Procureur s’est-il rendu compte des dommages collatéraux qu’une telle déclaration allait entraîner. Devant le regard de plus en plus courroucé de Patrice Michel, procureur lors de ce procès, Michel Bréard est soumis à la question, … ou presque, devant répondre de ses faits et gestes lorsqu’il dirigeait l’enquête dans les premiers jours après le drame, sur l’ouverture jugée presque trop hâtive d’une procédure, rien ne lui est épargné et se justifier 7 ans après ne semble pas lui convenir. Son face- à-face avec Maître Daniel Soulez-Larivière (avocat de Grande Paroisse) lui permet de contre attaquer, entre les deux hommes, l’antipathie se ressent, le ténor du Parquet contre celui du Barreau s’oppose sur tout et Michel Bréard estime d’ailleurs que les avocats ont été une gêne pour l’enquête. Plus d’une heure et demie à la barre d’un tribunal ça doit être très long, surtout lorsqu’on n’est pas habitué à siéger depuis la barre !

Lorsque Thierry Perriquet arrive, bronzé et visiblement plus détendu que ne l’était le procureur, on se dit qu’il risque lui aussi de passer un moment désagréable. Il n’en sera rien. Certainement parce que ce magistrat, à qui la défense et certaines parties civiles reprochent d’avoir un peu vite renvoyé Grande Paroisse et Serge Biechlin devant le tribunal correctionnel, n’était pas le juge instructeur au début de l’enquête. Sans doute aussi parce que tous ont, pendant l’instruction, trouvé en lui, outre des compétences professionnelles indéniables (Dominique Baudis peut d’ailleurs remercier son opiniâtreté), une qualité d’écoute réelle et une volonté évidente de trouver la vérité. À sa sortie du tribunal, l’actuel conseiller à la Cour d’Appel de Monaco, se demande tout de même pourquoi il est venu et à quoi son audition a pu servir puisque seules quelques questions lui ont été posées alors qu’il s’attendait à devoir se justifier de son travail. Preuve que parfois ces auditions ne sont pas si éclairantes que cela … 

Après que ces deux magistrats ont été entendus, la question est maintenant de savoir si cela ne va pas, dans les prétoires Français, devenir la norme. S’il ne sera désormais pas normal pour ceux qui construisent les dossiers de venir se justifier devant le justiciable ! Certains y voient une dérive à l’américaine, d’autre un juste retour des choses après l’affaire d’Outreau, à moins que ce ne soit une évolution de la société française, qui amène nos compatriotes à vouloir regarder les faits à travers les yeux de
la Justice ! Et dire qu’elle est aveugle …