Frédéric Arrou est depuis 7 ans le Président de l’Association des Sinistrés du 21 septembre. Dynamique et déterminé il est la voix des sans voix, de tous ceux qui furent des victimes collatérales de la catastrophe AZF à Toulouse. Trois semaines après l’ouverture d’un procès qui doit durer 4 mois (au moins) il a accepté de répondre à nos questions. 

Le procès est maintenant ouvert depuis 3 semaines, que pensez-vous de ce qui s’est dit ? 

Frédéric Arrou : Ce procès est passionnant et c’est ma première surprise. J’avais peur de m’ennuyer et de ne rien comprendre. Au contraire depuis le début des audiences je découvre et j’apprends. Je découvre par exemple que l’on peut venir mentir à la barre. Cela, c’est produit à trois reprises (au moins), certains témoignages et confrontations m’ont d’ailleurs profondément marqué. 

Lesquels ? Vous semblent-ils en faveur de l’instruction alors que certaines parties civiles dénoncent les conclusions de celle-ci ?  FA : Parmi les moments forts, je citerai le témoignage de Gabriel Ullmann qui est aux antipodes des discours présentant l’usine AZF comme modèle. Le face-à-face entre Gildas Thomas et le Colonel Claude Donin (pompier) fut un moment extraordinaire. J’ai aussi trouvé le témoignage du Commissaire Robert Saby, en opposition complète à celui de Monsieur Berthes (premier président de la Commission d’Enquête Interne de Grande Paroisse) étourdissant. Je trouve qu’il a encore été meilleur lors de son deuxième passage devant le tribunal. Il reste toutefois très difficile pour moi de dire à qui profitent ces témoignages. L’élément constant, c’est la divergence profonde des uns et des autres. Les apologues m’étonnent, j’ai le sentiment très subjectif d’une parole de la défense, convenue à l’avance, avec en point de mire, l’objectif suprême de ne pas mouiller Total. Je suis avant tout et surtout très impressionné par le Président Thomas Le Monnyer. Sa connaissance du dossier, la précision de ses questions, le ton ferme et modéré qui est le sien sont impeccables. C’est  à lui que nous devons la tenue des débats, c’est lui qui donne tout son crédit à ce procès. 

Qu’attendez-vous de ce procès et comment voyez-vous les choses évoluer dans les semaines à venir ?   

FA : Les semaines à venir devront répondre à d’autres questions. J’étais en particulier impatient d’entendre le juge Thierry Perriquet (magistrat instructeur) s’expliquer sur son instruction. Il y a aussi certains témoignages qui n’apportent rien et ne servent à rien d’autre qu’à aller boire un café, ce n’est pas si mal !  Il est très rassurant de voir se dégonfler les postures trop assurées de certains. Le ridicule de ceux qui viennent donner des leçons aux magistrats, aux policiers, aux experts, aux journalistes en se parant eux-mêmes de toutes les vertus tourne à la pantalonnade. C’est un grand plaisir. 

Pourquoi avez-vous demandé à votre avocate de toujours Agnès Casero de ne plus assurer votre défense ? Et que vous apporte votre nouvel avocat ? 

FA : Nous avons décidé de ne plus solliciter Maître Casero parce qu’elle a préféré défendre une position qui n’était pas la nôtre. Elle s’est exclue elle même. Maître Léguevaques nous défend toujours mais c’est Maître Simon Cohen, qui m’a très profondément bouleversé lors de sa plaidoirie est devenu notre avocat.