sbrecadr.jpgPrès d’une semaine après son ouverture, le procès AZF entre enfin dans l’examen au fond de la catastrophe qui un vendredi de septembre 2001 a causé à Toulouse, la mort de 31 personnes, en a blessé plusieurs milliers dont certaines très grièvement et a soufflé tout le Sud de la ville. Ce soir devant un public attentif, c’est l’ancien directeur de l’usine, Serge Biechlin qui va, le premier présenter à la barre ce que fut cette catastrophe et la manière dont il l’a vécu. 

Ce directeur proche de ses anciens salariés (avec qui il passe tout son temps pendant les interruptions de séance) raconte la semaine qui a précédé la catastrophe. Il détaille la manière dont il a appris, le mercredi précédant le drame, que toutes les usines à risque de Toulouse et de ses environs avaient été dès le début du mois de septembre placé sous contrôle Vigipirate renforcé alors que son usine, pourtant classée Seveso 2, n’avait pas été prévenue. Il se remémore les explications qu’il a alors demandées à la DRIRE et à la Préfecture de Haute-Garonne ainsi que la réunion qu’il a organisée le jeudi 20 pour intimer l’ordre, à ses cadres et agents de maîtrise, d’être encore plus vigilants que d’habitude sur les questions de sécurité que cela concerne l’accès au site ou au sein des différents ateliers. Il raconte son départ à l’Île de Ré où il a des rendez-vous le lendemain, cette angoisse qui l’étreint et qu’il tente de raisonner. 

Puis il narre minute par minute, en larme, la manière dont il appelle l’usine le vendredi matin, n’arrive à joindre personne et enfin reçoit quelques minutes plus tard un appel lui disant que l’usine a explosé, son retour à Toulouse rythmé par la radio qui annonce un nombre toujours plus important de victime et son arrivée dont il dira que « plus on approchait du site et plus on avait à faire à des scènes de guerre ». 

Hormis quelques agitateurs qui sortent en vociférant, la salle est sonnée et l’émotion palpable, comme l’exprimera, quelques minutes plus tard, Mme Monique Mauzac (qui a perdu son mari lors de cette catastrophe), « à travers son récit, nous avons tous revécu ce jour et notre propre drame ». 

Serge Biechlin se reprend pour expliquer son action, une fois rentré à Toulouse, la mise en sécurité de l’usine et son rôle de chef d’établissement. Puis c’est au tour du représentant de Grande Paroisse, (aujourd’hui rebaptisée GPN) Daniel Grasset de prendre la parole pour dire ce qu’était l’usine de Toulouse, ce qu’elle représentait dans le groupe et pour évoquer les activités du groupe en 2001, son exposé technique et posé ne retient plus l’attention de la salle qui pour la première fois, depuis lundi, s’est laissée submergée par l’émotion. 

L’émotion et la détresse d’un directeur d’usine qui est jugé pour l’une des plus grandes catastrophes industrielles de l’histoire mais avant tout d’un homme que ses anciens salariés, même les plus syndiqués d’entre eux, décrivent comme un bon patron.