Hier après la suspension de l’audience, les commentaires étaient nombreux sur les marches de la salle Jean Mermoz quant aux chances de voir le Président Thomas Le Monnyer décider de joindre la citation au fond, c’est-à-dire de continuer à examiner cette procédure de citation directe à l’encontre du groupe Total et de M. Thierry Desmarest. Avocats, parties civiles et journalistes, chacun avait son idée et son point de vue qui, comme bien souvent dans cette affaire, n’était pas vraiment conciliable. 

Aujourd’hui à 14 heures, à peine la foule, moins dense que les premiers jours, était-elle assise que le Président du Tribunal Correctionnel mettait fin au suspense en demande la jonction au fond de la citation directe. La question devenant alors de savoir s’il fallait mêler le dossier Grande Paroisse / Serge Biechlin et celui de Total/Thierry Desmarest. 

Si la position de Total demeurait inchangée, tout comme celle du procureur, une première faille apparue entre les différentes parties civiles, Maîtres Cohen et Bisseuil, avocate de l’Association des Familles endeuillées, soutenaient alors que les deux dossiers devaient être joints. La surprise vint de Maître Agnès Casero, représentante de l’Association des Sinistrés du 21 Septembre, largement à l’origine de cette citation, qui estime pour sa part, que « ce serait une erreur de joindre les deux dossiers au risque de rendre ce procès bancal et que le tribunal se laisse distraire alors que son action doit amener à comprendre ce qui s’est passé ce vendredi 21 septembre 2001 à Toulouse ». 

Le tribunal se retire alors pour prendre une décision qui étant donné le temps de la délibération semble être déjà acquise, et lors de son retour, le Président Le Monnyer annonce que les deux dossiers sont joints, que Total et M. Thierry Desmarest sont donc prévenus aux côtés de Grande Paroisse et de Serge Biechlin. 

Toutefois le problème reste entier puisque la question de la recevabilité de cette citation, que les avocats de la Défense et le Parquet combattent, ne sera tranchée qu’au mois de novembre … à l’énoncé du verdict. Le groupe Total et un de ses représentants deviennent donc des prévenus à part entière pour la forme mais fort hypothétiques sur le fond ! Relative invraisemblance, il faudra attendre la semaine du 10 juin pour voir M. Thierry Desmarest à Toulouse ! 

Avant la reprise de l’audience qui doit maintenant traiter du dossier au fond, Maître Daniel Soulez-Larivière représentant de la Défense pouvait alors s’agacer contre une décision « qui va polluer le procès et aurait dû être purgée, comme je l’ai à plusieurs reprises demandé au Tribunal en amont. Nous avions 15 mois pour trancher cette question et partir sur des bases saines, ce n’est pas la voie choisie par la justice et on peut le regretter » ajoutait-il. 

On peut en effet se demander quel est l’intérêt d’en arriver à ce cas de figure qui non seulement risque d’être un paravent à la vérité en politisant le dossier mais laisse sans voix de nombreux juristes tant ce cas de figure est rare.