moniquemauzac2.jpg Monique Mauzac est partie civile lors du procès, le 21 septembre, son mari André Mauzac,  se trouvait à quelques dizaines de mètres du hangar et il a perdu la vie. Monique Mauzac, ne demande ni condamnation exemplaire, ni vengeance, elle exige la vérité. Lorsqu’on la rencontre, cette chimiste du CNRS à l’accent chantant expose clairement et non sans touche d’humour pourquoi 7 ans après ce drame qui a bouleversé sa vie, elle continue à se battre sans a priori et pourquoi elle ne croit pas à la thèse retenue par la justice. Son sourire, sa gentillesse, sa disponibilité et son incroyable optimisme sont autant de leçons de courage et de dignité !   

Pourquoi ne croyez-vous pas à la thèse retenue par l’instruction ?   

Je suis responsable d’un laboratoire de chimie à Toulouse et je peux vous assurer que la thèse présentée par la justice ne tient pas un instant pour des raisons autant techniques que pratiques. Les experts quand ils décrivent la manière dont ils ont procédé à leur essai sont bien loin des conditions du 21 septembre et de la manière dont Gilles Fauré décrit son environnement lorsqu’il a versé cette fameuse benne de nitrate d’ammonium qui aurait entraîné l’explosion. En effet, pour que cela fonctionne, éventuellement et encore dans des conditions de laboratoire, il faut que le nitrate d’ammonium soit humide à un tel point qu’il en devient de la boue, ce qui n’était pas le cas du produit se trouvant devant le fameux hangar 221 puis qu’il soit recouvert uniformément ou presque d’une couche de DCCNa (dérivé chloré utilisé principalement dans les piscines) et enfin que le reste du nitrate soit déposé par-dessus l’ensemble. C’est proprement impossible et si les choses se sont passées de cette manière, Gilles Fauré doit être considéré comme le meilleur dans son métier.  

Je ne crois pas à cette thèse pour d’autres raisons, lorsque les reconstitutions ont été faites j’avais dit à Thierry Perriquet, le juge d’instruction, qu’il allait s’intoxiquer tant l’odeur du DCCNa est insupportable et irritante. Il ne m’a pas cru mais ce que j’avais prédit est arrivé, dès les premières pelletées, toutes les personnes présentes ont quitté les lieux devenus irrespirables. S’il y avait eu des femmes dans le collège des experts je pense qu’elles auraient très rapidement compris que cela n’était pas possible que ce produit se soit trouvé là puisque son odeur est proche de l’eau de javel et quand on connaît cette odeur on ne s’imagine pas que personne n’ait pu la sentir dans l’usine. Ce qui est grave c’est que les experts, n’ont pas abandonné cette piste, ils l’ont juste ajusté à leurs besoins, ainsi ce ne sont plus 500 mais quelques kilos qui ont été mélangés par erreur. Le moins que l’on puisse dire c’est que la démarche scientifique n’est pas très précise et même très étonnante pour moi qui réalise régulièrement des expériences, ils sont partis de la conclusion en fait et ils ont remonté le temps en changeant leurs théories lorsque celles-ci ne correspondaient plus à la réalité ! Je trouve cette démarche particulièrement étonnante voire pire …  Je pourrai ajouter des dizaines d’autres très bonnes raisons qui m’amènent à penser que tout ceci est impossible. Je laisserai les soins à plus expert que moi, les chimistes que j’ai fait citer au procès comme témoin de venir expliquer tout cela (parmi eux Georges Guiochon qui avait, quelques mois après les faits, publié un article sous le titre « Ce qui ne s’est pas passé à Toulouse le 21 septembre 2001 » ou encore Armand Lattes, Président de la Société Française de Chimie). 

Qu’attendez-vous de ce procès ? Allez-vous demander des indemnités ?   

Je n’ai jamais demandé d’indemnités pour la mort de mon mari et je ne le ferai pas plus au procès, nous avons passé 30 merveilleuses années ensemble et ce n’est pas cela qui me le rendra. Ce que je demande c’est qu’on nous dise ce qui s’est réellement passé, qu’on nous explique pourquoi nos maris, pères et enfants sont partis travailler un beau matin de septembre et ne sont jamais revenus. Je ne crois pas à la thèse officielle et je supporterai mal qu’on nous l’assène comme une vérité. Toutes les questions que j’ai pu, au cours de l’instruction, poser aux experts sont restées sans réponse, ce qui montre qu’ils ont tout de même quelques difficultés eux-mêmes à justifier leurs conclusions et ses réponses maintenant je les exige de la justice. Il faut maintenant que les choses se disent  

Que pensez-vous qu’il se soit passé chez AZF ?   

Je n’en sais rien, en fait il est plus facile d’expliquer ce qui n’a pas pu se passer chez AZF que les causes du drame. Ce que je peux dire c’est que la veille de l’explosion mon époux m’était apparu inquiet et que le jeudi 20 septembre, Serge Biechlin, le directeur de l’usine avait réuni l’ensemble de la maîtrise pour parler de sécurité, après avoir appris par hasard que toutes les usines de Toulouse présentant des risques s’étaient vu appliquer le plan Vigipirate renforcé à l’exception tout de même notable d’AZF. On peut se demander pourquoi ? Tout ce que je peux dire, en tant que chimiste, c’est que la piste volontaire, que ce soit de la malveillance ou un attentat est plus facile à imaginer que la soupe chimique qu’on a tenté de nous servir pendant plus de 7 ans, mais c’est à la justice de déterminer les causes de la catastrophe.